Montserrat Caballé, DIVAgations…

Montserrat Caballé avec son fils, 1971

Photo source Mondadori Publishers libre de droits dans Wikimedia Commons

 

Partager cette page sur LINKEDIN, FACEBOOK, TWITTER, GOOGLE +

 

Montserrat Caballé, DIVAgations

Ecrit et réalisé par Thierry Bellaiche

Production : Eva Productions, 2003

Image : François Husson

Son : Frédéric Fontaine

Montage : Didier Maertens

 

Avec : Montserrat Caballé, Carlos Caballé, Philip de la Croix, Ivry Gitlis, Katarina Jovanovic, Alvaro Langoria, Bernabé Marti, Filomena Moretti, Henri-Jean Servat, Rolando Villazon, Georges Gad

 

Remerciements : Hervé Corre de Valmalète, Louis Bricard, Président des Victoires de la musique classique, Hôtel Carlton (Cannes), Café Marly (Paris)

 

Pour regarder le film complet sur Vimeo (mot de passe : montse625), cliquez sur la vignette :

Montserrat Caballé 1971

 

 

Rêverie sur un film…

 

Lorsqu’un réalisateur est amené, par les aléas ou les bonnes fortunes de son métier, à beaucoup travailler « à la commande » (expression au mieux un peu triviale et au pire franchement détestable – et j’aurais une légère inclination pour la seconde option…), il y a de fortes chances pour que, tout en s’acquittant de sa tâche avec le maximum de conscience professionnelle, et même s’il donne un film tout à fait honorable et parfois même remarquable, il en retire une sorte de frustration, d’insatisfaction, peut-être même de honte secrète, non parce qu’il aurait « mal travaillé », mais au contraire parce que, ayant bien travaillé, il sait que le fruit de ce travail n’est pas, ne peut pas être entièrement le sien, puisqu’il est constitué à son origine même par une demande, une impulsion, une volonté extérieures à son désir propre de réalisateur.

Toute règle, dit-on, comporte des exceptions, et je crois pouvoir dire que ce film en est une à celle que je viens d’énoncer en une phrase tortueuse mais filant après tout un joli coton…

Montserrat Caballé, DIVAgations est en effet l’un de ces films que l’on m’a demandé de réaliser, et que je n’aurais sans doute pas eu l’idée ou la volonté de moi-même proposer. Mais les circonstances tout à fait particulières dans lesquelles j’ai pu mener à bien cette entreprise me l’ont fait apparaître très vite, dès le tournage, puis au montage et enfin grâce à la grande souplesse du diffuseur Mezzo, comme une chose très personnelle, pour ne pas dire intime.

Montserrat Caballé est une très grande artiste lyrique pour qui j’avais, lorsqu’on m’a proposé ce film, la plus vive et la plus profonde admiration, ce qui faisait se rejoindre avec bonheur la commande professionnelle et le plaisir personnel. Mais au-delà de cette heureuse coïncidence « patronnée » par mon goût pour l’opéra (et en particulier par la voix délicieuse et intense de Montserrat), j’ai cru voir dans cette circonstance une occasion idéale pour tenter de mener une petite réflexion (des plus subjectives et même un peu lunaire) sur un sujet qui me tenait à cœur depuis longtemps, et pour les prolongements en forme de divagations duquel la personne même de Montserrat Caballé me semblait prêter idéalement ses traits.

Ce sujet, pour dire les choses schématiquement, pouvait se résumer à une interrogation : qu’est-ce qu’une diva ? Cette question s’adressait bien sûr, au premier degré, à Montserrat elle-même, à qui je n’ai pas manqué de la poser, d’ailleurs plus directement encore : êtes-vous une diva ? (on prendra connaissance de sa réponse pleine de clairvoyance en regardant le film…). Mais derrière cette question toute simple directement reliée au sujet « apparent » du film, se dissimulait pour moi une foule d’autres questions, beaucoup plus personnelles, qui se pressaient anxieusement dans mon esprit : y a-t-il une sorte de mystérieux (et très sélectif) destin qui choisit et qui « fait » la diva, comprise comme une sorte de figure mythique protéiforme, qui peut recéler des personnages très différents, et pas seulement de grandes chanteuses d’opéra, comme par exemple de grandes stars de cinéma, des écrivains légendaires ou de grands dirigeants politiques qui ont fait l’histoire ? Comment « devient-on » une diva, et quels sont les traits généraux qui caractérisent cette figure dont les avatars dans d’autres domaines que celui de l’opéra peuvent en effet se nommer « star », « légende », « mythe », etc. ? Questions dont je savais, en les posant aux intervenants et en me les posant à moi-même en voix off, que je n’y apporterais pas de réponse satisfaisante, et qu’elles étaient sans doute faites bien davantage pour dériver à la surface d’un rêve miroitant que pour donner des réponses dogmatiques, savantes ou soi-disant « documentées »…

C’est précisément cette possibilité de mener un récit subjectif à la première personne qui a permis de transformer ce film « de commande » en une sorte d’improbable essai subjectif, Montserrat Caballé demeurant toutefois au centre du film, mais se faisant aussi le vecteur involontaire d’une sorte de rêverie que seule pouvait autoriser (opportunité très rare dans le monde très normatif de l’audiovisuel) une diffusion relativement confidentielle sur la chaîne Mezzo…

Je dois dire enfin (parce qu’on m’en a parfois fait la remarque quelques années plus tard) que le film ayant été tourné à l’occasion du Midem Classique à Cannes où Montserrat Caballé était présente en janvier 2003, certaines séquences, situées dans les arcanes un peu bureaucratiques du Palais des Festivals où se traitaient les affaires d’alors, peuvent aujourd’hui donner l’impression de « dater » le film ou lui donner la couleur un peu passée d’une actualité dépassée… Je crois pour ma part, en toute sincérité (quitte à me bercer de cette possible illusion), que ce problème ne se pose pas vraiment, dans la mesure où, ayant à l’époque conscience de cette donnée pour l’avenir du film (ou pour sa capacité à « traverser le temps » en conservant sa fraîcheur), j’ai tenté de constamment universaliser le propos, de rester dans le registre de la divagation rêveuse, de « flotter au-dessus des choses immédiates », même lorsque les circonstances m’amenaient à composer avec l’ « actualité » et les décors un peu lénifiants de l’année 2003 au Midem Classique…

Un dernier mot pour dire que l’un des intervenants du film (en dehors de Montserrat elle-même bien sûr) m’a laissé une impression inoubliable d’intelligence et d’humour, que je tenais à souligner ici. Il s’agit de Henri-Jean Servat, qui avait lui-même réalisé beaucoup de reportages sur Montserrat pour Paris-Match, et qui en parle avec une verve proprement ébouriffante…

 

Photo-vignette Vimeo, Photo source Mondadori Publishers libre de droits dans Wikimedia Commons

 

Retour au Parcours professionnel